Crues Glaciaires : Leçons des Andes pour l'Himalaya Face au Réchauffement

L'onde de crue survenue dans la vallée de la Trishuli le 26 août a fait resurgir les craintes liées aux réservoirs glaciaires de l'Himalaya. Le risque de débâcles subites de ces lacs s'accroît considérablement sous l'effet du réchauffement global. En quête de solutions, le Népal se tourne vers l'expérience péruvienne, qui, depuis plus de huit décennies, a été confrontée à cette menace, afin de tirer des enseignements applicables à sa propre situation.

Au Pérou, la catastrophe du lac Palcacocha, ayant causé la perte de milliers de vies à Huaraz en 1941, et celle du Huascarán en 1970, responsable du décès d'environ 30 000 personnes à Yungay, ont poussé les autorités à une action résolue. Elles ont entrepris de cartographier les lacs glaciaires potentiellement dangereux et d'intervenir sur plusieurs dizaines d'entre eux. Des infrastructures telles que des canaux, des digues, des vannes ou des systèmes de siphonnage ont été progressivement mis en place pour maîtriser la pression des eaux. Cependant, cette politique a connu un essoufflement dès les années 2000, en raison de la diminution des financements publics et de la privatisation du secteur hydroélectrique. Au Népal, des travaux similaires sont envisagés pour quatre autres lacs – Lumding Tso, Hongu-2, Lower Barun et Thulagi – avec l'appui du Fonds vert pour le climat. Néanmoins, les approches péruviennes ne sont pas directement transposables en raison de la topographie himalayenne, qui rend les chantiers bien plus ardus que dans les Andes.

Enseignements des Andes pour la Prévention en Himalaya

Le Népal, confronté à l'intensification des risques de débâcles glaciaires dues au changement climatique, se tourne vers le Pérou pour s'inspirer de son expertise. Les catastrophes passées, comme celles de Palcacocha en 1941 et du Huascarán en 1970, ont conduit le Pérou à développer une stratégie proactive de cartographie et d'aménagement des lacs glaciaires. Des infrastructures comme des canaux, des digues et des systèmes de siphonnage ont été mis en œuvre pour réguler les niveaux d'eau. Bien que l'efficacité de ces mesures ait diminué avec la réduction des financements, cette expérience offre des pistes précieuses pour le Népal, qui doit adapter ces solutions à la complexité de son propre relief montagneux.

L'expérience péruvienne révèle l'importance cruciale de la surveillance en temps réel des lacs et glaciers, couplée à des systèmes d'alerte ciblés et des plans d'évacuation bien définis, élaborés en collaboration avec les communautés locales. Au Népal, malgré des abaissements de niveau réussis sur certains lacs comme Tsho Rolpa et Imja Tso, la transposition directe des méthodes andines reste un défi. La géographie himalayenne rend l'accès aux glaciers et la réalisation de travaux beaucoup plus complexes que dans les Andes, où les accès sont relativement plus aisés. Cette approche holistique, intégrant technologie de surveillance et participation communautaire, est perçue comme un modèle pour l'Himalaya, où chaque site présente des particularités uniques nécessitant des solutions sur mesure.

Financement et Adaptation Face aux Défis Climatiques

Au-delà des aspects techniques de prévention, les leçons tirées de l'expérience andine mettent en lumière la nécessité d'une alerte et d'une préparation communautaire efficaces. Les chercheurs insistent sur la combinaison de la surveillance en temps réel des masses glaciaires, des alertes spécifiques et des plans d'évacuation impliquant activement les populations. Au Pérou, des itinéraires d'évacuation sont même marqués dans les villes, soulignant l'importance d'une approche localisée et adaptée aux caractéristiques uniques de chaque vallée. La question du financement international pour l'adaptation au changement climatique, déjà posée par le Népal, prend également une nouvelle dimension à la lumière de ces événements, soulevant la responsabilité des émetteurs historiques de gaz à effet de serre.

Le débat s'élargit au-delà des mesures préventives pour inclure la question de la responsabilité financière face aux conséquences du changement climatique. Suite aux inondations de la vallée de la Trishuli, le Népal sollicite un soutien financier international accru. Le Pérou a déjà été précurseur dans ce domaine, à travers l'affaire Saúl Luciano Lliuya contre l'énergéticien allemand RWE. Bien que cette action judiciaire n'ait pas abouti à une compensation directe, elle a posé les bases d'une interrogation fondamentale pour l'Himalaya : qui doit assumer le coût de la protection des populations exposées aux effets du réchauffement climatique ? Cette question de l'équité climatique et du financement de l'adaptation est appelée à devenir un enjeu central pour les régions montagneuses vulnérables, nécessitant des solutions globales et solidaires.