Comment le Vieux-Lyon a été sauvé d'une autoroute dévastatrice
Le Vieux-Lyon, aujourd'hui célébré pour ses ruelles médiévales, ses façades Renaissance et son riche passé, a bien failli disparaître sous les coups de boutoir d'un ambitieux projet d'infrastructure routière, le projet « Navigation ». Dans les années d'après-guerre, alors que la ville de Lyon aspirait à la modernité et à l'adaptation à la circulation automobile croissante, ce quartier historique était perçu comme vétuste et insalubre, loin de l'image pittoresque que nous lui connaissons. Le maire de l'époque, Louis Pradel, surnommé « Zizi Béton » pour son penchant pour les constructions verticales, envisageait de prolonger un nouvel axe routier depuis la Saône, nécessitant la démolition d'une partie substantielle du Vieux-Lyon pour créer une connexion autoroutière vers Fourvière. Les documents d'urbanisme de cette période attestent de la sérieuse menace qui pesait sur ce quartier, autrefois mal-aimé.
Heureusement, une forte mobilisation citoyenne s'est levée contre cette destruction programmée, menée par l'association Renaissance du Vieux-Lyon. Dès 1961, sous la présidence du journaliste Régis Neyret et avec l'engagement actif de son épouse Annie Neyret, un combat acharné a été mené pour la sauvegarde du quartier. Le couple Neyret, résidant eux-mêmes dans le Vieux-Lyon, a milité avec ferveur pour la reconnaissance de la valeur architecturale et patrimoniale de ce secteur, alors largement déconsidéré. Leur détermination et celle de leurs alliés associatifs ont permis de freiner les projets destructeurs de Louis Pradel et de sensibiliser l'opinion publique à l'importance historique du lieu.
L'année 1962 marque un tournant décisif grâce à l'intervention d'André Malraux, ministre des Affaires culturelles, qui fait voter une loi historique permettant la protection de quartiers historiques entiers. Deux ans plus tard, le 12 mai 1964, le Vieux-Lyon est officiellement désigné comme le premier secteur sauvegardé de France. Cette reconnaissance a initié une vaste campagne de restauration du quartier, transformant son destin. Même Louis Pradel, initialement promoteur du projet « Navigation », a finalement collaboré à sa réhabilitation en participant à la création de la SEMIRELY. Le couronnement de ces efforts est arrivé en 1998, lorsque le Vieux-Lyon a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, couvrant 427 hectares. En seulement trois décennies, ce quartier est passé de la menace de l'anéantissement à une véritable perle protégée. Les époux Neyret, bien que disparus, restent immortalisés dans la mémoire lyonnaise, avec une sculpture en bronze érigée en 2023 le long de la promenade qui porte désormais leur nom, symbolisant leur héritage durable.
L'histoire du Vieux-Lyon est un témoignage puissant de la valeur de la persévérance et de l'action collective dans la préservation du patrimoine. Elle nous rappelle qu'il est essentiel de reconnaître et de protéger les trésors culturels et historiques, souvent menacés par des visions de développement à court terme. En honorant le passé, nous construisons un avenir plus riche et plus conscient, où la beauté et l'histoire se transmettent de génération en génération. L'engagement des époux Neyret et des associations pour le Vieux-Lyon est un exemple inspirant de la manière dont la passion et la détermination peuvent transformer une menace en une opportunité de renaissance, démontrant que la sauvegarde du patrimoine n'est pas seulement une question de pierres et de bâtiments, mais aussi de l'âme d'une ville et de l'identité de ses habitants.

