Un monument parisien oublié, la Halle aux Moutons de La Villette, mis aux enchères après quarante ans

Un pan de l'histoire architecturale parisienne refait surface : l'ancienne Halle aux Moutons de La Villette, une structure métallique monumentale, est mise aux enchères quarante ans après sa disparition visuelle. Bien que la Halle ait été démantelée en 1986, sa charpente a été préservée et constitue désormais la pièce maîtresse de la 17e vente intitulée « Paris Mon Amour », organisée à Drouot le 21 septembre. Cette initiative singulière permettra au public de découvrir ce vestige lors d'une exposition précédant la vente, à l'occasion des Journées européennes du patrimoine, les 19 et 20 septembre.

L'histoire de cette Halle remonte à 1867, époque où le vaste marché aux bestiaux de La Villette voyait le jour sous l'impulsion de Napoléon III et du baron Haussmann. Conçue par Jules de Mérindol, élève de Victor Baltard, et assisté de Louis-Adolphe Janvier, la Halle aux Moutons incarnait l'architecture industrielle novatrice de l'époque, caractérisée par l'utilisation de la fonte, du fer, de grandes nefs lumineuses et d'espaces généreux favorisant la circulation. Elle s'étendait sur près de 10 000 m², à proximité de la Halle aux Bœufs, aujourd'hui connue sous le nom de Grande Halle de La Villette. Après la fermeture des abattoirs en 1974, la Halle connut une brève mais marquante seconde vie en tant que Pavillon de Paris, accueillant des concerts d'envergure, avant son démantèlement en 1986. Cependant, une part significative de sa structure métallique fut providentiellement conservée. Cette immense charpente, longue de près de 87 mètres et large de 66 mètres, soit une surface minimale de 5 775 m², est actuellement entreposée en Picardie. Sa modularité permet même d'adapter ses dimensions en retirant certaines travées. Si les contraintes logistiques empêchent son exposition directe à Drouot, la vente se déroulera par désignation. De multiples avenirs sont envisagés pour cette structure emblématique : marché couvert, tiers-lieu, espace événementiel ou culturel, avec une proposition particulièrement attrayante de la transformer en lieu d'exposition d'art contemporain. Voir cette architecture du XIXe siècle retrouver une nouvelle vocation, près de 160 ans après sa conception, serait un moyen magnifique de prolonger son héritage et d'éviter qu'elle ne demeure un simple ensemble de pièces détachées.

Au-delà de la Halle aux Moutons, la vente « Paris Mon Amour » propose une collection fascinante de fragments de la capitale. Parmi les objets mis aux enchères figurent un médaillon unique aux armes de Paris, conçu par Victor Baltard et provenant des anciennes Halles centrales, des sections de la Tour Eiffel retirées lors de son allègement en 1983, des portes d'anciennes rames de métro Sprague-Thomson, ou encore une plaque émaillée de la station République. Des plaques de rues historiques (Cambon, Saint-Honoré), des bancs et fontaines parisiennes, un percolateur spectaculaire de la Tour d'Argent, ainsi que des éléments de décor de cafés et restaurants, complètent cette collection éclectique. Cette exposition, accessible les 19 et 20 septembre, puis le 21 avant le début de la vente, offre une manière originale de célébrer les Journées européennes du patrimoine, en explorant non seulement l'histoire des lieux disparus, mais aussi les fragments tangibles de Paris qui ont traversé les époques.

Cette initiative de mise aux enchères de l'ancienne Halle aux Moutons et d'autres reliques urbaines nous invite à méditer sur la valeur de la mémoire collective et la capacité de l'héritage architectural à se réinventer. C'est une célébration de la résilience de notre patrimoine, qui, loin de sombrer dans l'oubli, peut trouver de nouvelles formes de vie et de signification, enrichissant ainsi notre présent et inspirant l'avenir. Ces fragments de Paris, loin d'être de simples objets, sont des passeurs d'histoires, des témoins silencieux d'une ville en constante évolution, nous rappelant l'importance de préserver et de valoriser notre identité culturelle.