De l'ombre à la lumière : l'ancienne forteresse de Bordeaux transformée en centrale solaire
L'ancienne base sous-marine de Bacalan, à Bordeaux, construite pendant l'Occupation pour la Kriegsmarine et la Regia Marina, est surtout connue aujourd'hui pour accueillir les Bassins des Lumières, un centre culturel majeur. Toutefois, son passé est marqué par une sombre histoire, celle d'une forteresse nazie durant la Seconde Guerre mondiale. Ce site historique connaît une nouvelle transformation, devenant un acteur essentiel de la transition écologique de Bordeaux avec l'installation de près de 6 500 panneaux photovoltaïques sur son toit.
Pour saisir l'ampleur de cette évolution, il est essentiel de se remémorer le contexte de sa construction en 1940. Après l'occupation de la façade atlantique française, Bordeaux a été identifiée comme un point stratégique. En septembre 1941, la construction de cet immense bunker a débuté à Bacalan, sous la direction de l'Organisation Todt, responsable des grands travaux militaires du régime nazi, notamment le Mur de l'Atlantique. Environ 6 500 ouvriers, français et étrangers, ont été contraints de travailler sans relâche. L'édifice, inauguré le 13 mai 1943, était une véritable infrastructure militaire capable d'accueillir jusqu'à quinze sous-marins, devenant ainsi la base de la 12e flottille allemande. Sa robustesse, avec son toit de plus de sept mètres d'épaisseur, lui a permis de résister aux bombardements alliés, tandis que les quartiers environnants subissaient des dommages.
Après le départ des forces allemandes en août 1944, le bunker a été abandonné et partiellement saboté. Trop coûteux à démolir, il est passé sous le contrôle de la Marine nationale, puis du Port autonome de Bordeaux. Sa réhabilitation a débuté dans les années 1990, d'abord avec un conservatoire dédié à la plaisance, puis en intégrant progressivement des activités culturelles, comme les Bassins des Lumières en 2020. Aujourd'hui, une nouvelle étape se profile avec la transformation de son toit en centrale photovoltaïque urbaine. Ce projet ambitieux prévoit 6 500 panneaux solaires sur 13 000 m², une production équivalente à la consommation électrique d'environ 770 foyers, permettant d'éviter l'émission de 806 tonnes de CO₂ chaque année. Malgré les défis techniques liés à la structure du toit et les retards de chantier, Nexhos Énergies, depuis novembre 2025, est chargé de la gestion du projet. L'électricité produite sera injectée dans le réseau public et distribuée aux entreprises, associations et institutions participantes dans un rayon de deux kilomètres, notamment les Bassins des Lumières et la Banque Alimentaire, avec les premiers kilowattheures attendus début 2028.
Cette reconversion, plus de quatre-vingts ans après sa construction, est un symbole puissant. Un vestige d'un passé douloureux se transforme en une source d'énergie propre et durable, illuminant Bordeaux de son potentiel. Ce projet incarne la capacité de l'humanité à transcender les cicatrices du passé en construisant un avenir meilleur, où l'innovation et la résilience transforment la destruction en espoir et la noirceur en lumière, pour un monde plus juste et plus respectueux de l'environnement.

